Telle une beauté sombre et silencieuse, la Lune est ma compagne.
A travers Elle je vis, je respire !
Délicieuse telle une plume Elle étale sa lumière douce sur la ville, et comme le sommeil ne semble pas vouloir de moi, je décide de sortir admirer de plus près cette clarté funestre.
Sous mes chaussures je sens la neige froide et humide me dévorer, mais mes pieds restent insensibles à ses morsures.
Quelque chose au loin m'appelle, tente de prendre posséssion de moi.
C'est Elle, ma Déesse.
Je suis comme dans un rêve.
Mon corps ne m'obéis plus.
Elle m'attire comme une lumière attire un papillon, mon instinct me hurle de partir, de faire demi tour, retourner dans ce lit si chaud et acueillant, mais mon corps ne m'obéit plus.
Malgré moi ou pour mon plus grand délice, j'avance vers ma Destinée.
Un chant muet résonne dans ma tête, m'ensorcelle, m'attire toujours plus loin de moi-même, toujours plus près d'Elle..
Très bientôt je vais pouvoir m'oublier en Elle.
Je franchis la grille du cimetière, avec l'amère impression que c'était ici chez moi, que j'étais le bienvenu parmi tous ces inconnus.
Le chant est partout présent ici, tout comme Elle, imposante, majestueuse, sa clarté n'attends que moi, que je vienne l'accompagner dans sa danse lumineuse.
Dans la magie de la nuit, j'aperçois des ombres qui dansent avec Elle, ils m'invitent à les rejoindre, à venir danser avec eux pour l'éternité, ici, dans ce lieu où le temps n'a plus d'emprise.
Tel un animal devant la lumière des phares arrivant trop vite, je sais que je vais finir ma vie ici, avec Elle.
Cette lune que j'avais cru si pâle et douce se révele enfin à moi sous sa vraie nature.
J'ai mal mais je La désire encore plus.
La plus belle fin de toutes.

Sa robe est faite de poussière d'étoiles.
Ses cheveux argentés illuminent ma vie.
Tel des lames de rasoir
Ses yeux déchirent mon corps.
Autour de moi le chant s'arrête.
Je suis seul, avec Elle.
Si l'envie m'aurait pris de faire demi-tour
c'était maintenant trop tard.
Je n'avais déjà plus aucune raison de partir.
Juste une envie de continuer à me faire détruire,
de me faire avaler entièrement par cette beauté de lumière.
Je n'ai plus faim, plus froid.
Je ne vis que pour Elle.
Mon corps sans âme erre à jamais à travers le cimetière,
murmurant les versets d'un chant sans fin.
Attendant que la mort me donne des ailes pour enfin pouvoir la rejoindre.
La Lune, voleuse de mon âme, de mon coeur et mon corps.

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